« Est-ce la faute des enfants ? » Le système social qui incite à désirer la malbouffe

« Est-ce la faute des enfants ? » Le système social qui incite à désirer la malbouffe

Les parents cèdent au "Achète-le !" - Le piège de l'environnement alimentaire qui engendre l'obésité infantile

Dans le rayon des confiseries du supermarché, un enfant s'arrête.
Des emballages colorés, des personnages populaires, des chocolats et des glaces à hauteur de main. Les parents sont pressés. Ils veulent terminer leurs courses pour le dîner. L'enfant répète "Achète ça". Au début, ils refusent. Mais l'enfant pleure. Les regards autour deviennent gênants. Aujourd'hui, ils sont fatigués. Il y a aussi une réduction. Finalement, ils mettent le produit dans le panier.

Cette scène peut se produire dans n'importe quelle famille. Une nouvelle étude rapportée par le journal britannique The Independent met en garde contre la structure de ce quotidien qui aggrave l'obésité infantile.

Selon l'article, une enquête menée auprès de 1 050 parents en Angleterre révèle que 58 % des parents sont souvent sollicités par leurs enfants ou adolescents pour acheter des aliments riches en graisses, en sel et en sucre. De plus, 72 % des parents admettent céder souvent à ces demandes. En outre, 59 % sont influencés par les promotions et les réductions en magasin, et 52 % achètent des produits imprévus en faisant leurs courses avec leurs enfants.

Il est crucial de ne pas réduire cela à une simple "faiblesse parentale".

Les enfants sont plus sensibles que les adultes à l'influence de la publicité, des emballages et des présentations. En particulier, les jeunes enfants ne comprennent pas pleinement que la publicité est "une information conçue pour vendre". Pour eux, les confiseries avec des personnages, les hamburgers vus dans des vidéos, ou les snacks mangés par leurs amis ne sont pas de simples aliments. Ils deviennent des symboles qui suscitent des émotions telles que "Je le veux", "Je veux aussi le manger", "On devrait me l'acheter".

Ce phénomène où les demandes des enfants influencent les comportements d'achat des parents est appelé "pester power" en anglais. "Pester" signifie insister, importuner, et en japonais, cela pourrait se traduire par "le pouvoir de la demande insistante" ou "la pression de la demande". Dans le monde du marketing, il est connu depuis longtemps que même si les enfants n'ont pas de pouvoir d'achat, ils ont le pouvoir de faire agir leurs parents.

Ce qui ressort particulièrement de cette enquête, c'est que les parents eux-mêmes souffrent de cette pression. Environ un parent sur quatre déclare être perturbé, ressentir de la culpabilité ou de la détresse à cause des demandes de leurs enfants. Cela signifie que ce n'est pas simplement une question de "les parents achètent parce qu'ils le veulent". Les parents veulent nourrir leurs enfants avec des aliments sains. Cependant, l'environnement d'achat réel met constamment cette volonté à l'épreuve.

Les produits que les enfants désirent sont également symboliques. L'enquête révèle que les aliments les plus demandés sont les glaces, les sorbets, les chocolats, les confiseries et les biscuits. Tous sont des aliments que les enfants aiment instinctivement pour leur douceur et leur teneur en graisses, et qui sont rendus encore plus attrayants par la publicité et les emballages.

Nous devons changer notre questionnement ici.
Au lieu de demander "Pourquoi les parents ne peuvent-ils pas dire non ?",
demandons "Pourquoi les parents doivent-ils toujours dire non dans cet environnement ?".

Le cœur du problème ne réside pas seulement à l'intérieur des foyers, mais à l'extérieur. Les rayons des supermarchés, les caisses, la télévision, YouTube, les réseaux sociaux, les publicités dans les jeux, les publications des influenceurs, les emballages de personnages, les campagnes de réduction. Partout où les enfants posent les yeux, des aliments peu sains sont constamment présents. Et ils ne sont pas simplement là. Ils sont conçus pour que les enfants les remarquent, les désirent et les demandent à leurs parents.

En regardant les réactions sur les réseaux sociaux, les perceptions de ce problème sont largement divisées.

 

D'un côté, certains disent "Les parents n'ont qu'à dire non", "C'est une question d'éducation familiale", "L'État ne devrait pas trop intervenir dans les habitudes alimentaires". Ces opinions viennent d'une position qui valorise la liberté individuelle et la responsabilité familiale. Certes, ce sont les parents qui achètent finalement, et c'est aussi à la famille de créer les habitudes alimentaires quotidiennes. On ne peut pas complètement ignorer ce point.

Cependant, une autre voix est forte. Dans les discussions sur Reddit, on trouve des opinions telles que "La publicité cible les enfants et devrait donc être réglementée", "Il est impossible de lutter contre le marketing alimentaire massif uniquement avec la volonté des parents", "L'éducation scolaire sur la cuisine et la nutrition est également nécessaire". Certains soulignent même que, même si les entreprises alimentaires sont soumises à des réglementations publicitaires, elles continueront à atteindre les enfants sous d'autres formes comme les jouets, les vêtements ou les licences de marques.

Ce conflit n'est pas une question de savoir qui a complètement raison. Les parents ont un rôle à jouer. Mais le fardeau est trop lourd pour être porté uniquement par eux. Les entreprises alimentaires utilisent la psychologie, le design, les stratégies de prix, la publicité basée sur les données et les parcours en magasin pour créer des comportements d'achat. Pendant ce temps, les parents font leurs courses en luttant contre le temps limité, le budget restreint, la fatigue, l'humeur des enfants et les regards des autres. Appeler cela un "manque d'effort parental" est une vision trop éloignée de la réalité.

Ce qui est encore plus grave, c'est que les familles économiquement défavorisées pourraient être plus susceptibles de subir cette pression. Les aliments bon marché et riches en calories peuvent sembler économiquement avantageux à court terme. Les réductions et les campagnes d'achat en gros sont également difficiles à ignorer pour les familles sensibles aux coûts de la vie. D'un côté, les aliments sains sont chers, prennent du temps à préparer et on ne sait pas si les enfants les mangeront. De l'autre, les aliments bon marché, prêts à consommer et appréciés des enfants sont placés en évidence. Dans ces conditions, faire des choix sains devient un "luxe réservé à ceux qui ont une forte volonté".

L'OMS et l'UNICEF soulignent également que l'obésité infantile n'est pas seulement une question de choix individuel, mais un problème d'environnement alimentaire. L'UNICEF a averti que, dans le monde, l'obésité chez les enfants et les jeunes de 5 à 19 ans dépasse désormais l'insuffisance pondérale. Cela montre que nous sommes entrés dans une époque où la compréhension traditionnelle des "problèmes de nutrition = manque de nourriture" n'est plus suffisante. Les enfants d'aujourd'hui ne manquent pas de nourriture, mais sont entourés d'aliments bon marché, fortement promus et excessivement transformés.

Alors, que faire ?

Premièrement, il est nécessaire de renforcer la réglementation des publicités pour la malbouffe destinée aux enfants. Au Royaume-Uni, des règles ont été introduites pour limiter les publicités télévisées avant 21 heures et les publicités en ligne payantes pour les aliments riches en graisses, en sel et en sucre. C'est un pas en avant, mais il reste des échappatoires. Les publicités de marque qui ne montrent pas directement le produit, les promotions en magasin, les emballages, les expositions via des influenceurs, les publicités extérieures, il existe de nombreux canaux par lesquels les enfants peuvent être exposés. Réguler uniquement la télévision ou la publicité en ligne ne suffit pas, les entreprises se déplaceront ailleurs. La réglementation doit viser "l'ensemble du marketing qui influence les enfants", et non se limiter à un seul média.

Deuxièmement, il faut discuter de la réglementation des emballages. Les personnages populaires auprès des enfants, les designs inspirés des jeux, les cadeaux, les éléments de collection stimulent le désir indépendamment de la valeur nutritionnelle des aliments. Utiliser des designs amusants pour des aliments sains est une bonne chose. Cependant, continuer à permettre des sollicitations fortes envers les enfants pour des aliments riches en sucre, en sel et en graisses est contradictoire. Il est nécessaire d'adopter l'idée que les expressions qui attirent les yeux des enfants devraient être limitées aux aliments qui répondent à certaines normes nutritionnelles.

Troisièmement, il faut changer la conception des points de vente. Placer des confiseries devant les caisses ou aux extrémités des allées, à hauteur des yeux des enfants, favorise les conflits entre parents et enfants. Avant de dire aux familles de "dire non", il faut réduire les situations où elles doivent le faire. Les caisses devraient proposer de l'eau, des fruits, des yaourts sans sucre, des noix, des collations saines au lieu de confiseries. À hauteur des mains des enfants, il faut placer des aliments nutritifs, même avec des personnages. Cela n'enlève pas la liberté des consommateurs, mais atténue la manipulation malsaine créée par les entreprises.

Quatrièmement, il est nécessaire de mettre en place des politiques qui rendent les aliments sains "moins chers, plus faciles et plus amusants". Simplement diaboliser la malbouffe ne gagnera pas le soutien des consommateurs. Il faut des subventions pour rendre l'achat de légumes, de fruits, de céréales complètes et de sources de protéines plus abordable, améliorer les repas scolaires, soutenir le petit-déjeuner, l'éducation culinaire et les programmes d'éducation alimentaire communautaires. En particulier pour les ménages à faible revenu, il ne suffit pas de dire "Choisissez une alimentation saine". Les choix sains doivent être réalistes pour le budget et le temps des familles.

Cinquièmement, l'éducation alimentaire à l'école doit être plus pratique. Sur les réseaux sociaux, on entend aussi "Il ne suffit pas d'interdire la publicité, il faut enseigner la cuisine et la nutrition aux enfants". C'est une remarque importante. Les enfants sont les consommateurs de demain et peuvent devenir des adultes qui auront une famille. Apprendre à lire les étiquettes alimentaires, comprendre la quantité de sucre, détecter les publicités, cuisiner simplement, gérer les collations est aussi essentiel que les mathématiques ou la lecture. L'éducation alimentaire n'est pas une question de morale, c'est une compétence de littératie médiatique et de défense de la vie.

Sixièmement, au lieu de blâmer les parents, il faut concevoir des informations qui les soutiennent. Par exemple, avant de faire les courses, convenir avec l'enfant de "n'acheter qu'une seule friandise aujourd'hui" ou "décider après avoir mangé ce qu'il y a à la maison". Ne pas faire les courses en ayant faim. Si l'on donne des choix à l'enfant, ce devrait être "banane ou yaourt" plutôt que "chocolat ou bonbon". Ne pas interdire complètement le plaisir hebdomadaire, mais éviter d'en faire une habitude quotidienne. Ces astuces familiales sont efficaces, mais elles ne s'opposent pas à la réglementation sociale. Les astuces familiales et les politiques publiques sont les deux roues d'un même véhicule.

Septièmement, les entreprises doivent passer de "faire parce que ça se vend" à "est-ce acceptable de vendre aux enfants ?". Il est naturel que les entreprises alimentaires poursuivent le profit. Cependant, les enfants ne sont pas des consommateurs comme les adultes. Leur capacité de jugement, leur résistance à la publicité, leur responsabilité d'achat sont immatures. C'est pourquoi un marketing ciblant les enfants nécessite une éthique particulière. Si l'autorégulation a ses limites, il ne reste qu'à établir des normes légales.

Pour le Japon aussi, ce problème n'est pas lointain. Les magasins de proximité, les supermarchés, les pharmacies, les applications vidéo, les réseaux sociaux, les jeux, les centres commerciaux. Les occasions pour les enfants d'être exposés à la publicité alimentaire et aux emballages de personnages sont omniprésentes. De plus, avec l'augmentation des familles où les deux parents travaillent, le manque de temps, la hausse des prix et la charge de la cuisine, il devient difficile pour les parents de faire des choix idéaux à chaque fois. Le débat au Royaume-Uni ne pourra être évité au Japon non plus.

Bien sûr, il n'est pas nécessaire d'interdire complètement la malbouffe. Le gâteau d'anniversaire, la glace avec des amis, le pop-corn en regardant un film. Le plaisir de manger ne doit pas être retiré de la vie des enfants. Le problème est que le plaisir occasionnel est transformé en habitude par l'environnement quotidien. Si la publicité des entreprises et la conception des points de vente stimulent les désirs des enfants, exploitent la fatigue des parents et rendent les choix sains difficiles, ce n'est pas une question de liberté individuelle, mais de santé publique.

Ce qui est nécessaire, ce n'est pas seulement que "les parents deviennent plus forts".
C'est de créer un environnement où les parents n'ont pas à se battre à chaque fois.

Ce n'est pas pour éviter que les enfants pleurent dans les supermarchés. C'est pour que les parents puissent faire leurs courses sans culpabilité. Et surtout, c'est pour que les enfants puissent, à l'avenir, protéger leur propre santé.

Derrière le simple mot "Achète-le !" se cachent la publicité, les prix, la présentation, la fatigue familiale et les inégalités sociales. C'est pourquoi une seule solution ne suffit pas. Réglementation de la publicité, réforme des points de vente, éducation scolaire, politique des prix alimentaires, soutien aux parents, responsabilité des entreprises. Ce n'est qu'en combinant tous ces éléments que nous pourrons briser le cercle vicieux qui engendre l'obésité infantile.

Il ne faut pas blâmer les enfants.
Il ne faut pas non plus blâmer uniquement les parents.
La question à poser est : jusqu'à quand allons-nous laisser une société conçue pour que les enfants désirent des aliments malsains ?


Sources et références