La végétalisation des ruelles peut-elle rafraîchir la ville ? Les pièges de la "conception et de l'objectif" découverts par une étude canadienne

La végétalisation des ruelles peut-elle rafraîchir la ville ? Les pièges de la "conception et de l'objectif" découverts par une étude canadienne

Les "allées vertes" n'étaient pas une panacée - La clé pour rafraîchir les villes réside dans "pour qui elles sont créées"

Quand on pense aux mesures contre la chaleur urbaine, on imagine de grands parcs, des arbres le long des rues, des toits végétalisés, et des infrastructures vertes qui absorbent l'eau de pluie. Cependant, dans les villes densément peuplées, il n'y a souvent pas de terrain disponible pour créer de nouveaux grands espaces verts. C'est pourquoi l'attention se porte sur la végétalisation des ruelles étroites derrière les quartiers résidentiels, appelées "allées vertes".

Les allées vertes sont des ruelles, initialement utilisées pour le passage des voitures, la collecte des déchets, et l'accès aux portes arrière, qui sont réaménagées avec des plantes, des arbres, des pavés perméables, des jardins de pluie, des bancs, des aires de jeux, et des fresques murales. Ces initiatives visent non seulement à embellir l'apparence, mais aussi à atténuer la chaleur urbaine, à augmenter les habitats pour la faune, à permettre à l'eau de pluie de s'infiltrer dans le sol, et à favoriser les interactions entre les résidents.

Cependant, une nouvelle étude menée par une équipe de recherche centrée sur l'Université Concordia au Canada pose une question importante : est-ce que la végétalisation des ruelles produit réellement les effets escomptés ? La réponse n'est pas simple. L'étude montre que le simple fait de nommer une ruelle "allée verte" ne garantit rien. Les effets dépendent de l'objectif, de la conception, de la personne qui la conçoit, et de la durée de son entretien.

Dans cette étude, deux villes du Québec, Montréal et Trois-Rivières, ont été comparées. Toutes deux s'engagent dans des projets d'allées vertes, mais leurs approches diffèrent considérablement.

À Montréal, l'initiative est principalement dirigée par les résidents. Dans une ruelle, un terrain de jeu pour enfants est créé, dans une autre, une fresque murale est peinte, et ailleurs, le béton est enlevé pour planter des arbres et des fleurs. Chaque quartier a donc sa propre personnalité, et les souhaits des résidents sont facilement reflétés.

En revanche, à Trois-Rivières, un programme plus standardisé dirigé par l'administration est adopté. L'objectif principal est la gestion des eaux pluviales, et l'accès des véhicules de collecte des déchets est également pris en compte. Par conséquent, la disposition des plantes et la forme du pavage sont relativement uniformes, combinant des bandes de gazon et de béton.

L'équipe de recherche a étudié 53 allées vertes, 23 ruelles grises traditionnelles, et 76 sections de rues voisines dans les quartiers de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension à Montréal et à Trois-Rivières. L'étude, menée à l'été 2023, a enregistré les espèces d'arbres, les strates de végétation, la couverture du couvert forestier, et la présence de plantes indigènes ou exotiques. À Montréal, la présence de lucioles a également été suivie comme indicateur d'habitat.

De plus, des capteurs de température ont été installés pour observer l'effet de refroidissement, enregistrant la température toutes les 15 minutes pendant plusieurs semaines. L'équipe de recherche a également interrogé 30 résidents, les accompagnant dans leur quartier pour identifier les éléments qu'ils apprécient, tels que l'ombre, l'abondance de verdure, et l'attrait visuel.

Les résultats étaient intéressants. Les ruelles standardisées dirigées par l'administration, comme à Trois-Rivières, ont montré des effets environnementaux plus cohérents, avec un effet notable de réduction des températures nocturnes. Cependant, leur conception ne répondait pas toujours aux souhaits des résidents. Par exemple, même si les résidents souhaitaient plus d'arbres plus grands, les considérations pour le passage des véhicules et la gestion prenaient souvent le pas.

En revanche, le modèle dirigé par les résidents à Montréal favorise l'attrait social et l'identité locale. Les ruelles deviennent des espaces où les enfants jouent, et où les fresques et les bancs contribuent à l'identité du quartier. Si l'intérêt des résidents est fort, la ruelle devient plus qu'un simple passage, ressemblant à un jardin semi-public ou une petite place.

Cependant, cette liberté accrue entraîne également une variabilité des effets. L'étude a montré que certaines allées vertes à Montréal avaient plus d'arbres que les environs, mais que ceux-ci étaient petits et ne fournissaient pas suffisamment d'ombre ou d'effet de refroidissement. Dans certains cas, la couverture du couvert forestier était inférieure à celle des rues normales à proximité, et les données de température montraient un effet de refroidissement modeste et variable. Certaines allées vertes montraient des résultats similaires ou même inférieurs à ceux des ruelles grises traditionnelles à certains moments de la journée.

En d'autres termes, on ne peut pas simplement dire que les allées vertes sont fraîches parce qu'elles sont vertes. Les petites plantes et le gazon ne créent pas suffisamment d'ombre. Les jeunes arbres pourraient avoir un effet à l'avenir, mais ils ne réduisent pas considérablement la chaleur urbaine immédiatement après leur plantation. La largeur des ruelles, l'ombre des bâtiments, les matériaux de pavage, la ventilation, le sol, l'humidité, la taille et la disposition des arbres déterminent ensemble l'effet de refroidissement.

Cette étude est particulièrement importante car elle met en lumière la diversité des objectifs cachés derrière le terme "verdissement urbain". Pour une municipalité, l'objectif pourrait être d'augmenter le taux de couverture du couvert forestier. Pour une autre, il pourrait s'agir d'absorber l'eau de pluie plutôt que de la laisser s'écouler dans les égouts. Pour les résidents, cela pourrait être un endroit sûr pour que les enfants jouent, un chemin agréable pour promener le chien, une occasion de rencontrer les voisins, ou simplement un paysage réconfortant en rentrant chez eux.

Des objectifs différents nécessitent des conceptions différentes. Si la gestion des eaux pluviales est prioritaire, les pavés perméables, les jardins de pluie et le flux de drainage sont essentiels. Si la lutte contre la chaleur est prioritaire, la sélection et la disposition des arbres qui fourniront de l'ombre à maturité sont indispensables. Pour promouvoir la biodiversité, il faut envisager des plantes indigènes, des structures végétales en plusieurs couches, une gestion sans pesticides, et des habitats pour les petits animaux et les insectes. Si l'interaction entre les résidents est primordiale, il faut créer des espaces où s'asseoir, avec une bonne visibilité, sûrs, et accessibles aux enfants et aux personnes âgées.

En d'autres termes, une "allée verte qui maximise tous les effets simultanément" n'existe pas facilement. Si l'on élargit les bandes pavées pour laisser l'accès aux véhicules, la surface de plantation diminue. Si l'on réserve un grand espace pour les aires de jeux, la végétation dense qui pourrait servir d'habitat est limitée. Augmenter le nombre de grands arbres pourrait rafraîchir, mais cela augmenterait aussi la chute des feuilles, les racines, et le fardeau de l'entretien. Plus les résidents ont de liberté, plus ils s'attachent facilement, mais la qualité et la gestion à long terme varient d'une ruelle à l'autre.

 

Les réactions sur les réseaux sociaux reflètent également cette complexité.

Les réactions à cet article lui-même, dans la mesure où elles peuvent être vérifiées, ne montrent pas une grande diffusion, mais sont plutôt partagées parmi les chercheurs, les universitaires, et ceux intéressés par l'urbanisme et l'environnement. Sur LinkedIn, un post présentant l'article souligne que les allées vertes ne sont pas une solution simple pour la durabilité urbaine, mettant en avant l'importance de l'objectif de conception et du soutien continu. Sur X, le compte de nouvelles de l'Université Concordia présente les résultats de l'étude, indiquant que les allées vertes peuvent améliorer la biodiversité et les liens sociaux, mais qu'il n'existe pas de conception universelle.

D'autre part, sur Reddit, les réactions accumulées au fil des ans envers les allées vertes de Montréal sont variées. Un post montre une initiative photographique visitant de nombreuses allées vertes à Montréal, recevant des éloges tels que "très cool". Un autre post de photos urbaines montre des réactions positives envers les ruelles enneigées de Montréal, avec des commentaires comme "devrait être plus apprécié" et "j'adore vraiment". Les allées vertes et les espaces de ruelles sont perçus non seulement comme des infrastructures, mais aussi comme des paysages qui façonnent l'atmosphère et la mémoire de la ville.

Cependant, toutes les réactions ne sont pas positives. Un post sur Reddit concernant Montréal a suscité des discussions sur des résidents bloquant l'entrée d'une allée verte avec une barrière artisanale et un panneau "propriété privée". Cela a soulevé des questions sur la nature publique ou privée de ces espaces, les droits de passage, et ce que signifie la désignation d'une allée verte. Un autre commentaire souligne que bien que les allées vertes puissent être belles et confortables, sans entretien continu par les résidents, elles peuvent devenir des "jungles" plutôt que des "parcs".

Cette disparité dans les réactions sur les réseaux sociaux reflète bien les résultats de l'étude. Les gens trouvent les allées vertes attrayantes. Elles sont photogéniques, agréables à parcourir, et peuvent être des lieux de fierté pour le voisinage. Cependant, derrière cela se cachent des problèmes pratiques tels que qui gère l'entretien, qui paie les coûts, comment gérer la circulation et la collecte des déchets, et comment tracer la ligne entre l'utilisation publique et privée.

L'étude indique également que les allées vertes plus anciennes ont tendance à perdre de la verdure en raison d'un manque de financement pour l'entretien. Même si l'enthousiasme est présent lors de l'aménagement initial, l'arrosage, la taille, le remplacement des plantes, le nettoyage, et les réparations nécessitent un effort et un financement continus. Si le fardeau est transféré aux résidents individuels, le vieillissement de la population, les déménagements, le désintérêt, et les différences économiques peuvent affaiblir le projet.

C'est un défi commun à l'ensemble du verdissement urbain. Les infrastructures vertes ne sont pas un objectif atteint au moment de leur achèvement. Au contraire, leur valeur se détermine sur 10 ou 20 ans après leur installation. Les arbres poussent avec le temps. Les communautés végétales peuvent devenir riches ou se dégrader selon la gestion. Les relations entre résidents ne se maintiennent que par une participation continue.

Alors, comment les villes devraient-elles concevoir les allées vertes ?

Ce que l'étude révèle, c'est qu'il ne s'agit pas d'un choix binaire entre une approche dirigée par l'administration et une approche dirigée par les résidents, mais d'une nécessité de combiner les deux. Une standardisation administrative peut produire des résultats mesurables comme la gestion des eaux pluviales ou les objectifs de couverture du couvert forestier. Cependant, cela ne garantit pas que l'espace soit réellement utilisable pour les résidents. À l'inverse, laisser toute la liberté aux résidents peut créer une identité locale et un attachement, mais les performances environnementales comme l'effet de refroidissement ou la biodiversité peuvent être instables.

L'idéal serait de partir des usages souhaités par les résidents, tout en étant soutenu par des experts pour la conception, et avec une garantie de financement et de gestion à long terme par la municipalité. Par exemple, si les résidents souhaitent un espace où les enfants peuvent jouer, il faut intégrer des arbres qui fournissent de l'ombre et des plantations qui absorbent l'eau de pluie, tout en assurant la sécurité et la visibilité. Si les résidents veulent un passage frais, il ne suffit pas de placer des parterres de fleurs, mais il faut choisir et disposer les espèces d'arbres en vue de la formation future du couvert forestier. Pour viser la biodiversité, il faut penser à des combinaisons de plantes indigènes qui sont accessibles aux insectes et aux oiseaux, au-delà de simples parterres esthétiques.

De plus, les indicateurs pour évaluer l'effet des allées vertes ne doivent pas être uniques. Se concentrer uniquement sur la baisse de température peut faire passer à côté de la satisfaction des résidents ou de l'effet sur les interactions sociales. À l'inverse, se concentrer uniquement sur la popularité auprès des résidents peut surestimer la contribution à la lutte contre la chaleur urbaine ou à la gestion des eaux pluviales. Il est nécessaire de considérer globalement la température, le couvert forestier, l'infiltration des eaux pluviales, la biodiversité, la fréquence d'utilisation, la satisfaction des résidents, et les coûts de gestion.

Cette discussion n'est pas sans rapport avec les villes japonaises. Dans les zones résidentielles japonaises, il existe de nombreuses ruelles étroites, arrière-cours, chemins privés, routes de vie, espaces de stationnement, et espaces derrière les bâtiments. La chaleur urbaine devient de plus en plus grave chaque année, et la charge de drainage due aux pluies torrentielles est également un problème. Dans les régions où il est difficile de créer de grands parcs, l'utilisation de petits espaces devient de plus en plus importante.

Cependant, si une initiative similaire est menée au Japon, il sera nécessaire de clarifier soigneusement les relations de droits, les voies d'évacuation incendie, la collecte des déchets, les conflits de voisinage, et la responsabilité de l'entretien. Les ruelles, en raison de leur proximité, entrent directement en contact avec la vie des résidents. Même un simple pot de fleurs peut entraver le passage. Une belle végétalisation peut être perçue par certains comme une source d'insectes, de feuilles mortes, d'humidité, ou de préoccupations de sécurité.

C'est pourquoi l'essence des allées vertes ne réside pas dans le simple fait de placer de la verdure. Il s'agit d'une question de conception sur la manière de superposer les fonctions environnementales et de vie dans les petits espaces urbains. Et cette conception ne se termine pas sur un plan. La question est de savoir si les utilisateurs, les gestionnaires, les passants, l'administration, et les experts peuvent partager le même objectif.

Cette étude n'est pas une négation des attentes envers le verdissement urbain. Au contraire, elle peut être considérée comme un avertissement pour tirer de manière réaliste parti du potentiel des allées vertes. Les ruelles sont des espaces précieux laissés dans les villes. Planter des arbres, faire fleurir des fleurs, et créer des lieux où les gens peuvent s'arrêter a une grande signification. Cependant, pour que cet effet contribue réellement à la lutte contre la chaleur urbaine, à la biodiversité, et à la qualité de vie des résidents, une simple étiquette de "verdissement" ne suffit pas.

Ce qui est nécessaire, c'est de clarifier les objectifs. Adapter la conception aux objectifs. Écouter la voix des résidents. Intégrer des connaissances spécialisées. Et créer un système qui soutient à long terme après l'aménagement.

Les allées vertes ne sont pas une magie qui transforme les villes. Mais si elles sont bien conçues et soigneusement entretenues, elles peuvent devenir une petite porte d'entrée pour que les gens et la nature se rencontrent à nouveau dans une ville recouverte de béton.



Source URL

Phys.org. Référence pour le résumé de l'étude dirigée par l'Université Concordia, les sujets de recherche, la comparaison entre Montréal et Trois-Rivières, et les défis liés aux effets de refroidissement et à la gestion.
https://phys.org/news/2026-04-green-alley-effectiveness-purpose.html

Article officiel de l'Université Concordia. Référence pour le contexte de l'étude, les commentaires des chercheurs, la méthode de recherche, et les différences de philosophie de conception entre