Mourir de sécheresse ou d'inondation : pourquoi les saumons de Californie n'atteignent-ils pas la mer ?

Mourir de sécheresse ou d'inondation : pourquoi les saumons de Californie n'atteignent-ils pas la mer ?

Les "saumons fantômes" disparaissent des rivières : la sécheresse et les inondations déciment les jeunes en Californie

Dans les rivières californiennes, les jeunes saumons deviennent des "fantômes".

Bien sûr, ils ne se transforment pas réellement. Le problème est plutôt inverse. Ils disparaissent avant même d'être aperçus. Dans la rivière, quelque part dans le delta, ou en route vers la mer, quand et où ils meurent est presque invisible pour les humains. Les chercheurs décrivent ces jeunes saumons chinook perdus comme des "fantômes de rivière".

L'étude mise en lumière montre que les jeunes saumons chinook de Californie sont gravement affectés par deux phénomènes météorologiques apparemment opposés : la sécheresse et les inondations. Si l'eau est trop rare, les rivières deviennent chaudes, peu profondes et dangereuses. Si l'eau est trop abondante, le courant devient fort et les jeunes poissons sont emportés en aval sans pouvoir accéder aux zones humides et aux plaines inondables nécessaires à leur croissance.

En d'autres termes, le problème n'est pas simplement un "manque d'eau". La "manière dont l'eau est présente" change.


Les jeunes saumons sont mis à l'épreuve avant même d'atteindre la mer

Le saumon chinook naît dans les rivières, descend ensuite vers la mer, puis revient pour frayer après avoir grandi. Cependant, ce voyage épique est le plus fragile à ses débuts. En particulier, les jeunes individus de type "migration précoce", qui descendent en aval peu après l'éclosion, sont trop petits pour être suivis avec des étiquettes traditionnelles.

L'équipe de recherche a donc décrypté l'"historique" inscrit dans le corps du poisson. Ils ont utilisé de petites structures appelées otolithes et les informations isotopiques laissées dans le cristallin de l'œil. Les otolithes s'accumulent en couches au fur et à mesure de la croissance du poisson, et leur composition chimique reflète les caractéristiques de l'environnement aquatique dans lequel le poisson a vécu. En quelque sorte, c'est un journal de voyage laissé dans la tête du poisson.

L'étude a suivi plusieurs cohortes de saumons chinook sur plusieurs années, comparant des échantillons de juvéniles et d'adultes. Il a été révélé que les jeunes individus qui migrent tôt en aval diminuent en nombre à chaque étape de leur voyage. En moyenne, environ 80 % des jeunes saumons entrant dans le delta étaient de type migration précoce, mais ce chiffre tombait à environ 26 % à la sortie du delta et à environ 15 % au stade adulte lors du retour pour frayer.

Ces chiffres indiquent qu'il ne s'agit pas simplement d'une mortalité temporaire. L'expérience initiale dans la rivière a un "effet reporté" qui influence la survie en mer et le retour en tant qu'adulte. Les poissons qui n'ont pas pu croître en toute sécurité à un jeune âge sont désavantagés plus tard dans leur vie.


La sécheresse est clairement dangereuse, mais les inondations le sont aussi

Il est facile de comprendre que la sécheresse est dangereuse pour les organismes aquatiques. Lorsque le volume d'eau diminue, la température augmente facilement et les refuges se réduisent. Un courant faible affecte également le déplacement et l'alimentation. Dans une région comme la Californie, où la concurrence pour les ressources en eau est intense, la sécheresse exerce une pression énorme sur l'écosystème.

Cependant, l'étude a fortement montré que "plus de pluie" n'est pas nécessairement mieux.

Traditionnellement, les années humides étaient considérées comme favorables aux saumons. Lorsque l'eau augmente, les plaines inondables et les zones humides sont submergées, offrant aux jeunes poissons des lieux de croissance riches en nourriture. En réalité, dans un système fluvial naturel, les inondations ne sont pas nécessairement des catastrophes, mais des processus importants pour renouveler l'écosystème.

Cependant, dans le delta moderne du Sacramento-San Joaquin, la situation est différente. Cette région, autrefois couverte de vastes zones humides et de voies d'eau complexes, a été transformée en un réseau de voies d'eau à écoulement rapide en raison de décennies de modifications fluviales, de gestion de l'eau, de prélèvements, et de développements pour l'agriculture et l'utilisation urbaine. L'étude décrit ce delta modifié comme un "piège écologique".

Dans une plaine inondable naturelle, l'eau se répand horizontalement lors des inondations, permettant aux jeunes saumons de croître dans des zones peu profondes et riches en nourriture. Cependant, dans des voies d'eau simplifiées, plus le débit augmente, plus la vitesse de l'eau augmente, et les petits poissons sont transportés en aval sans espace pour croître. Le problème n'est pas la quantité d'eau elle-même, mais la "perte de lieux pour accueillir l'eau".


Ce que la sécheresse de 2012-2016 et les inondations de 2016-2017 ont montré

L'équipe de recherche a comparé la sécheresse pluriannuelle de 2012 à 2016 et la période de grandes inondations de 2016-2017 qui a suivi. Ces deux périodes contrastées ont servi de situation expérimentale pour montrer comment les jeunes saumons sont bouleversés par des conditions météorologiques extrêmes.

Pendant la période de sécheresse, le manque d'eau et les températures élevées menaçaient la survie des poissons. En revanche, pendant la période d'inondation, le volume d'eau élevé, qui aurait dû être une opportunité pour les poissons, s'est avéré être un risque dans les voies d'eau modifiées. Les petits saumons n'étaient pas guidés vers les zones humides ou les plaines inondables, mais étaient poussés en aval par le courant rapide, vers un environnement inadapté à leur croissance.

Ce qui est important ici, c'est que la sécheresse et les inondations ne sont pas des problèmes distincts, mais qu'ils poussent les saumons dans le même cadre structurel. Si le changement climatique augmente les sécheresses extrêmes et les précipitations extrêmes, les saumons se retrouvent piégés entre "trop peu d'eau" et "eau trop intense".

Ce phénomène est souvent appelé "whiplash weather". En français, on pourrait le traduire par "climat de coup de fouet" ou "variations climatiques brutales". Une année, une sécheresse sévère, l'année suivante, des inondations violentes. Les organismes naturels se sont adaptés à un certain degré de variation, mais le problème réside dans l'ampleur croissante de ces variations, et dans le fait que les humains ont réduit la diversité des rivières.


Les saumons n'ont pas évolué en pariant sur une "seule stratégie"

Un autre point que les chercheurs soulignent est l'importance de la diversité.

Les saumons ont plusieurs stratégies de cycle de vie qui diffèrent par le moment et le trajet de migration, ainsi que par les lieux de croissance. Certains individus migrent tôt en aval, tandis que d'autres restent plus longtemps dans la rivière. Une année, le type de migration précoce peut être avantageux, tandis qu'une autre année, le type de migration tardive peut avoir plus de chances de survie. C'est un mécanisme pour répartir les risques à l'échelle de la population.

En termes de société humaine, c'est comme ne pas concentrer tous ses actifs dans le même investissement, mais les répartir sur plusieurs options. Plus l'environnement est imprévisible, plus un groupe avec des stratégies diversifiées est fort.

Cependant, lorsque l'environnement fluvial est simplifié, cette diversité devient difficile à maintenir. Tous les poissons doivent emprunter des voies similaires et sont exposés à des risques similaires. Si des lieux de croissance diversifiés comme les zones humides, les eaux peu profondes, les voies secondaires et les plaines inondables sont perdus, les saumons perdent leurs "multiples voies de succès" naturelles.

L'étude a également montré qu'il y a de l'espoir, car tous les types de poissons migrateurs ne sont pas complètement perdus. Malgré des pertes importantes, une partie de chaque groupe revenait en tant qu'adultes et participait à la reproduction. C'est pourquoi l'accent de la conservation ne devrait pas être sur "quel type de saumon conserver", mais sur "comment restaurer des rivières où divers types peuvent survivre".


Ce qui est nécessaire, c'est d'augmenter les "options fluviales" résilientes au changement climatique

Les mesures suggérées par cette étude ne consistent pas simplement à augmenter le nombre de poissons. Ce qui est nécessaire, c'est de réintroduire des options de survie dans la rivière elle-même.

Restaurer les zones humides et les plaines inondables, créer des lieux où l'eau peut se répandre horizontalement lors des inondations. Augmenter les environnements peu profonds où les jeunes saumons peuvent se réfugier, se nourrir et croître. Établir des points de croissance et de refuge le long des routes de migration de l'estuaire à la mer. Une telle restauration "adaptée au climat" est nécessaire.

Il est important de ne pas limiter la restauration à un seul endroit. Le voyage du saumon est long. De la rivière natale, au delta, à la baie, à la mer, et de retour à la rivière, plusieurs étapes sont connectées. Si une seule étape devient un goulot d'étranglement avec des pertes massives, cela affecte l'ensemble de la population.

De plus, les mesures de prévention des inondations et la conservation des écosystèmes sont souvent perçues comme opposées, mais ce n'est pas nécessairement le cas. Les plaines inondables et les zones humides peuvent être des lieux de croissance pour les poissons tout en servant de zones tampons pour retenir temporairement l'eau. Pour protéger les infrastructures humaines, il est important de concevoir des lieux où la rivière peut s'étendre de manière appropriée, plutôt que de la confiner complètement.


Sur les réseaux sociaux, des réactions de sympathie et des réponses teintées d'ironie

 

Les réactions sur les réseaux sociaux à cette nouvelle ne sont pas encore massives dans la mesure où elles peuvent être vérifiées par une recherche publique. Même sur la page de l'article de Phys.org, au moment de la vérification, les commentaires étaient peu nombreux et les partages limités. Cependant, dans les communautés environnementales, le sujet commence déjà à faire parler de lui.

Sur Reddit, dans la communauté environnementale, cette nouvelle a été partagée, et un utilisateur a réagi en disant : "Il y a aussi une sécheresse dans ma région. Je plains ceux qui doivent vivre cette situation." C'est une réaction qui relie la crise des saumons non pas à une question lointaine de conservation de la nature, mais à la pénurie d'eau dans leur propre sphère de vie.

D'un autre côté, un autre utilisateur a posté un commentaire mêlant ironie et humour. Dans les nouvelles environnementales, plus le sujet est sérieux, plus l'humour noir et les réactions désinvoltes propres à Internet peuvent apparaître. Cela ne signifie pas nécessairement un manque d'intérêt. Au contraire, face à des thèmes difficiles à résoudre individuellement, comme la crise climatique ou les problèmes de ressources en eau, le sentiment de ne pas pouvoir supporter le poids se manifeste parfois sous forme de blagues.

De plus, sur le compte Threads de Science X / Phys.org, l'article a été présenté sous la forme suivante : les jeunes saumons chinook font face à un risque de mortalité sans précédent en raison de la sécheresse et des inondations. Les premières réactions sur les réseaux sociaux montrent non seulement une surprise face à la découverte scientifique elle-même, mais aussi une inquiétude que "ce n'est pas seulement une question de poissons". Sécheresse, inondations, infrastructures hydrauliques, simplification des écosystèmes. Ce sont des problèmes qui concernent également directement la société humaine.


"Protéger les saumons" est aussi une question de réévaluer notre utilisation de l'eau

La crise des saumons n'est pas simplement une nouvelle de protection de la faune sauvage.

Les rivières et le delta de Californie sont des lieux où se chevauchent des intérêts variés : agriculture, urbanisme, eau potable, gestion des inondations, production d'énergie, conservation des écosystèmes, etc. L'eau y est à la fois une source de vie, une ressource économique et un enjeu politique. C'est pourquoi le taux de survie des saumons est aussi un indicateur de l'état de santé des rivières.

Une rivière où les jeunes saumons ne peuvent pas atteindre la mer est-elle saine pour les humains ? Les voies d'eau qui ne font que drainer rapidement les inondations vers la mer sont-elles vraiment sûres ? Un système où la température de l'eau augmente à chaque sécheresse et où les organismes sont emportés à chaque inondation peut-il résister au climat futur ?

Cette étude pose ces questions.

Les saumons ne peuvent pas survivre simplement parce qu'il y a de l'eau. Ce qui est nécessaire, c'est une rivière froide, complexe, riche en nourriture, avec des refuges, et plusieurs routes utilisables selon les étapes de croissance. Le delta d'autrefois possédait cette diversité. Cependant, en cherchant l'efficacité, les humains ont rectifié les voies d'eau et fait disparaître les zones humides, réduisant ainsi le filet de sécurité pour les saumons.

Avec le changement climatique, il pourrait être impossible d'arrêter complètement les sécheresses ou les inondations extrêmes. Cependant, il est possible de restaurer la structure des rivières pour atténuer ces impacts. Augmenter les refuges pour les saumons peut également être une préparation pour les inondations et les pénuries d'eau pour les humains.


Transformer les morts invisibles en défis visibles

Le terme "fantômes de rivière" est frappant car il a le pouvoir de rendre visibles des morts qui ne l'étaient pas.

Les jeunes saumons sont petits et disparaissent silencieusement. Les lieux de mortalité massive ne sont pas nécessairement visibles. Cependant, en décryptant les enregistrements chimiques laissés dans les otolithes et le cristallin, les chercheurs ont reconstitué leur parcours. Où ils ont grandi, où ils ont été perdus, quels types d'individus ont survécu. Les histoires invisibles commencent à émerger grâce à la science.

Ce que ces histoires montrent, ce n'est pas que les saumons sont faibles. Au contraire, les saumons ont des stratégies diversifiées et ont survécu dans une nature changeante. Le problème est que les humains ont restreint la scène où ils pouvaient exercer cette force.

Les saumons perdus à cause de la sécheresse ou des inondations. La clé pour les sauver n'est pas simplement de réguler le volume d'eau, mais de redonner de la complexité à la rivière. Restaurer les zones humides, connecter les plaines inondables, et redessiner le delta pour ne pas dépendre uniquement de voies d'eau