« Être sauvé » n'est pas la fin — La véritable nature de la culpabilité qui tourmente les survivants

« Être sauvé » n'est pas la fin — La véritable nature de la culpabilité qui tourmente les survivants

Pourquoi suis-je le seul à avoir survécu ? — Le "syndrome de culpabilité du survivant" qui hante ceux qui ont été épargnés

"Heureux que vous soyez en vie"

Les personnes ayant vécu des événements tragiques tels que des incidents, des catastrophes, des accidents, des guerres ou de graves maladies entendent souvent ces mots de la part de leur entourage. Il n'y a pas de malveillance dans ces paroles. Au contraire, elles expriment un soulagement et une bénédiction. La vie a été sauvée. Elles peuvent retourner auprès de leur famille. Elles peuvent continuer leur quotidien. Vu de l'extérieur, c'est sans aucun doute une "chance".

Cependant, pour la personne qui a survécu, ces mêmes mots peuvent résonner tout autrement dans son cœur.

"Pourquoi seulement moi ?"

Cette question ne trouve pas de réponse rationnelle. Ce n'est pas que la personne ait causé la mort de quelqu'un. Elle n'a pas choisi de survivre. C'était une question de hasard : un lieu différent, un siège différent, quelques secondes d'avance pour fuir, une guérison inattendue, une balle, des débris ou des flammes qui l'ont évitée. Mais lorsque ce "hasard" pèse trop lourd, la personne peut ressentir le fait d'avoir survécu comme une culpabilité.

L'essai "Das Überlebensschuld-Syndrom. Ein Essay" publié dans le stern Crime traite de ce sentiment sous le terme de "Überlebensschuld", ou culpabilité du survivant. La question centrale posée par l'article est claire : après une tragédie, ce qui tourmente les gens, ce n'est pas seulement le souvenir de la peur. C'est aussi le déséquilibre entre le fait d'avoir survécu et la mort d'autres personnes, qui peut parfois les enchaîner longtemps.


Les "survivants" sont-ils vraiment sauvés ?

Dans les reportages sur les incidents ou les catastrophes, on parle du nombre de morts, de blessés, de suspects, des causes et de l'ampleur des dégâts. Et après un certain temps, les "survivants" sont souvent présentés comme un symbole d'espoir. Les personnes secourues, celles qui ont échappé, celles qui ont été miraculeusement sauvées. Ces expressions ne sont pas fausses. Cependant, la vie qui suit n'est pas toujours résumée par le mot "miracle".

La culpabilité du survivant désigne un état psychologique dans lequel une personne ayant survécu à une tragédie ressent des regrets, de la honte, un sentiment de responsabilité, de la culpabilité et de l'auto-accusation, malgré le fait que d'autres soient morts. Les explications en psychologie indiquent que cela peut se produire dans divers contextes tels que les accidents, les guerres, les catastrophes, les actes de terrorisme, les fusillades, les pandémies et les maladies graves.

Ce qui est caractéristique, c'est qu'il n'y a pas nécessairement de responsabilité réelle.

Par exemple, une personne qui était dans la même voiture et qui a été la seule à survivre. Quelqu'un qui a échappé à un incendie et a appris que la personne derrière elle est morte. Un patient qui a survécu à une maladie alors que ses compagnons de chambre sont morts. Un soldat qui a perdu son camarade à côté de lui sur le champ de bataille. Une personne qui a échappé à une attaque dans une école, un théâtre, une salle de concert ou un lieu de travail.

Ils peuvent comprendre intellectuellement qu'ils ne sont pas en faute. Mais leur cœur commence à faire d'autres calculs.

Si seulement j'avais regardé en arrière à ce moment-là.
Si seulement j'avais pris la main de cette personne.
Si seulement j'avais été assis à ce siège.
Si seulement j'étais mort en premier.
Pourquoi suis-je en train de rire ?
Pourquoi suis-je en train de manger ?
Pourquoi suis-je encore en vie aujourd'hui ?

La cruauté de ces questions réside non pas dans l'absence de réponse, mais dans le fait qu'on continue à se les poser même en sachant qu'il n'y a pas de réponse.


La culpabilité est aussi une réaction de l'esprit pour retrouver un ordre

Les gens ont du mal à accepter le hasard tel quel. Surtout lorsqu'ils sont confrontés à des événements qui bouleversent les fondements du monde, comme la mort, la violence ou les catastrophes, ils cherchent à comprendre "pourquoi cela s'est produit", "qui est responsable", "ce qui aurait pu être fait pour l'éviter".

C'est, dans un sens, une réaction naturelle. Si l'on peut trouver la cause, on peut peut-être éviter que cela ne se reproduise. Si l'on peut voir où se situe la responsabilité, le monde peut redevenir un lieu compréhensible. Cependant, la plupart des tragédies ne sont pas aussi simples. Il y a des choses que personne n'aurait pu arrêter, des décisions que personne n'aurait pu changer, des événements où la chance et le hasard ont joué un grand rôle.

Pourtant, l'esprit déteste le vide.

Et il arrive qu'il dirige la responsabilité vers "soi-même", la cible la plus proche. Se blâmer est douloureux. Mais c'est parfois plus supportable qu'un sentiment total d'impuissance. En pensant "c'est ma faute", on peut maintenir l'illusion qu'on aurait pu faire quelque chose. C'est une tentative de l'esprit de retrouver un sentiment de contrôle perdu.

Cependant, cette illusion ne sauve pas les gens, elle les blesse sur le long terme. Les survivants essaient de porter la vie des personnes décédées. Ils s'interdisent d'être heureux. Rire, profiter, construire de nouvelles relations, réussir dans leur travail, tout cela peut sembler être une "trahison". En conséquence, même s'ils ont échappé physiquement à la tragédie, ils restent enfermés mentalement dans cet endroit.


Les voix sur les réseaux sociaux disant "Moi aussi, j'ai ressenti cela"

 

Ce sujet est lourd parce qu'il ne se limite pas à des événements exceptionnels. Sur les réseaux sociaux et les forums, on trouve de nombreux témoignages sur la culpabilité du survivant. Ils ne viennent pas seulement de survivants d'incidents ou d'accidents, mais aussi de personnes ayant survécu à de graves maladies comme un AVC ou un cancer, de personnes ayant perdu des proches, ou ayant vécu des guerres, des abus ou des catastrophes.

Dans le témoignage d'une personne ayant survécu à un AVC, elle raconte qu'elle a récupéré, qu'elle peut marcher et qu'elle a même acquis la motivation d'apprendre une nouvelle langue. Pourtant, chaque fois qu'elle lit dans son dossier médical des traces indiquant qu'elle aurait pu ne pas s'en sortir, elle est envahie par le sentiment qu'elle ne devrait pas être aussi en forme. Dans les commentaires, d'autres personnes ayant vécu un AVC ou une maladie grave se rassemblent, disant "je ne sais pas non plus pourquoi j'ai survécu", tout en recevant des encouragements tels que "tu n'as pas à te sentir coupable" et "tu t'es battu pour vivre".

Dans un autre témoignage lié au TSPT, une personne ayant perdu un ami dans un accident de voiture à l'adolescence continue, 30 ans plus tard, à se demander "pourquoi je n'ai pas pu l'empêcher". Les réactions à ce témoignage ne sont pas de simples consolations. "À l'époque, tu étais un enfant", "Ne juge pas ton passé avec la maturité d'un adulte", "Personne ne peut connaître l'avenir qui ne s'est pas réalisé". Ces paroles montrent la fonction de soutien que peuvent avoir les réseaux sociaux.

Cependant, il faut aussi faire preuve de prudence avec les réactions sur les réseaux sociaux. Dire à un survivant "Sois fort" ou "Vis pour ceux qui sont partis" peut être un fardeau, même si c'est censé être un encouragement. Vivre pour ceux qui sont morts est une belle phrase. Mais pour la personne concernée, cela peut se transformer en une nouvelle obligation : "Ma propre vie ne suffit pas", "Je dois porter la vie de quelqu'un d'autre".

Ce qui ressort des voix sur les réseaux sociaux, c'est que la culpabilité du survivant a deux aspects. D'une part, elle peut être un lieu où les personnes concernées réalisent qu'elles ne sont pas seules. D'autre part, des paroles bien intentionnées peuvent, sans le vouloir, pousser les personnes concernées dans leurs retranchements.


"Vivre pour ceux qui sont partis" est-ce vraiment une consolation ?

En japonais aussi, après une tragédie, on entend souvent dire "J'espère que vous vivrez pour ceux qui sont partis". C'est une expression largement acceptée pour encourager les familles et les survivants.

Bien sûr, certaines personnes trouvent du réconfort dans ces mots. Elles peuvent penser à ne pas oublier les personnes décédées et à chérir leur propre vie. Certaines se tournent vers des activités sociales ou de soutien. D'autres essaient de prévenir les mêmes tragédies en partageant leur expérience.

Cependant, ces mots ne fonctionnent pas pour tout le monde.

Pour ceux qui souffrent de culpabilité du survivant, "vivre pour" peut parfois être un ordre cruel. Quand une journée ne se passe pas bien, ils se sentent désolés pour les personnes décédées. Quand ils échouent au travail, quand ils ne peuvent pas s'amuser, quand ils sont trop fatigués pour faire quoi que ce soit, ils pensent "Je n'ai pas prouvé que ma survie avait de la valeur".

En réalité, la raison pour laquelle une personne a le droit de vivre n'est pas parce qu'elle accomplit quelque chose. Ce n'est pas non plus parce qu'elle vit dignement pour quelqu'un d'autre. Les survivants n'ont pas l'obligation de devenir des héros. Ils n'ont pas non plus l'obligation de devenir des témoins, des militants ou de toujours être reconnaissants.

Ce qui est nécessaire, c'est de transmettre que "le fait que vous soyez en vie n'a pas besoin d'explication".


La "comparaison" qui tourmente les survivants

À la racine de la culpabilité du survivant, il y a la comparaison.

J'ai survécu. Cette personne n'a pas survécu.
Je peux marcher. Cette personne ne peut pas marcher.
Je suis rentré chez moi auprès de ma famille. Cette personne n'a pas pu rentrer.
Je me suis rétabli. Cette personne est décédée.

Cette comparaison est factuellement correcte. Cependant, elle ne mesure pas la valeur humaine. Le fait que les résultats de la vie soient différents ne signifie pas que les survivants ont pris quelque chose. La survie de quelqu'un n'est pas nécessairement accordée en échange de la mort de quelqu'un d'autre.

Pourtant, l'esprit ressent une "injustice". Pourquoi moi et pas une personne plus jeune ? Pourquoi moi et pas cette personne avec des enfants ? Pourquoi moi et pas cette personne gentille ? Ces pensées naissent justement parce qu'il y a une sensibilité éthique. Parce qu'on accorde de l'importance à la vie des autres, sa propre survie semble légère.

Cependant, il ne faut pas oublier que la culpabilité du survivant est une "preuve de bienveillance", mais pas une "vérité". Ce n'est pas parce que la culpabilité est forte qu'il y a vraiment une faute. Ce n'est pas parce que la souffrance est profonde que cela signifie que la personne doit être punie.


La société regarde-t-elle "l'après" ?

Juste après un incident ou une catastrophe, la société se concentre sur les survivants. Les médias demandent des témoignages, l'entourage vérifie leur sécurité, les administrations et les organismes de soutien aident à reconstruire la vie. Mais avec le temps, l'intérêt s'estompe.

Cependant, la souffrance des survivants peut parfois émerger avec le temps. Juste après, ils étaient trop occupés à survivre. Les funérailles, les démarches administratives, les soins, les déménagements, les procès, les réponses aux médias, le soin de la famille. Tant qu'ils étaient accaparés par ce qu'ils devaient faire, ils n'avaient pas le temps de ressentir leurs émotions. Quelques mois, quelques années, voire des décennies plus tard, "ce jour-là" peut soudainement revenir.

Sur les réseaux sociaux, on trouve des cas où la culpabilité n'est ressentie qu'après la stabilisation de la vie, et non immédiatement après l'événement. Il y a aussi des exemples où un accident survenu 30 ans plus tôt pèse soudainement lourd à un moment donné de la vie. Cela montre que les blessures psychologiques ne disparaissent pas nécessairement avec le temps.

Ce que la société peut faire, ce n'est pas seulement sympathiser juste après une tragédie. C'est créer un environnement où les survivants peuvent demander de l'aide, même des années plus tard. Ne pas limiter trop strictement la durée du soutien. Ne pas forcer ceux qui ne veulent pas parler à le faire. Inversement, ne pas balayer d'un revers de main ceux qui veulent parler en disant "c'est du passé".

Abandonner l'idée que "puisqu'ils ont survécu, ils vont bien" peut être un point de départ.


Ce que les proches peuvent faire et ne pas faire

Beaucoup de gens ne savent pas quoi dire lorsqu'ils sont aux côtés de quelqu'un qui souffre de culpabilité du survivant. Il n'y a pas de mots parfaits. En fait, il vaut mieux ne pas essayer de tout résoudre par des mots.

Voici des mots qu'il vaut mieux éviter :

"Ce n'est pas de ta faute, alors ne t'en fais plus"
"Tu as de la chance d'être en vie"
"Tu dois te battre pour ceux qui sont partis"
"Regarde devant toi"
"Ne traîne pas ça éternellement"

Ces paroles sont souvent prononcées avec de bonnes intentions. Cependant, elles peuvent faire ressentir à la personne concernée que "sa souffrance n'est pas comprise" ou qu'elle doit "se rétablir rapidement".

Ce qui est nécessaire à la place, c'est une attitude sans jugement.

"Je comprends que tu ressentes cela"
"Je suis là pour écouter quand tu voudras parler"
"Je vois que c'est encore difficile pour toi"
"Je suis content que tu sois là"
"Tu n'as pas besoin de trouver un sens à tout"

L'important n'est pas de nier la culpabilité, mais d'être présent pour que la personne ne soit pas submergée par elle. Il n'est pas nécessaire d